La théorie financière traditionnelle repose sur deux idées particulièrement fécondes : les investisseurs utilisent rationnellement l'information disponible et les marchés financiers tendent à incorporer cette information dans les prix.
Ces hypothèses ont permis de construire une grande partie de la finance moderne. Mais elles rendent difficilement compte des comportements effectivement observés chez les investisseurs et de certaines dynamiques des marchés.
La finance comportementale étudie la manière dont la psychologie des individus influence leurs décisions financières et, potentiellement, le fonctionnement des marchés. À la rencontre de la finance, de l'économie et de la psychologie, elle s'intéresse aussi bien aux choix des investisseurs individuels qu'aux décisions des professionnels de la finance et aux phénomènes qui émergent de leurs interactions.

Investir constitue en effet un environnement particulièrement propice aux biais et irrationalités étudiés par l'économie comportementale depuis une cinquantaine d'années. Les décisions financières portent sur un avenir incertain, les informations disponibles sont nombreuses et parfois contradictoires, les gains et les pertes monétaires peuvent susciter de fortes réactions émotionnelles et il est souvent difficile de distinguer la compétence de la chance. Dans ce contexte, nos décisions peuvent s'écarter de celles prédites par les modèles financiers standards.
La finance comportementale montre avec force que les décisions des investisseurs individuels et des professionnels des marchés (gérants, institutionnels, analystes, émetteurs...) sont sujettes à trois types de biais.
Trois familles de biais
Les biais cognitifs
Les décisions s'appuient souvent sur une information incomplète, des raisonnements tronqués (heuristiques) et des croyances infondées.
Les biais émotionnels
Les émotions influencent directement les prises de position des investisseurs au-delà de leurs préférences, notamment dans les environnements de marché difficiles.
Les biais sociaux
Les décisions individuelles sont sensibles aux relations et aux normes sociales, tandis que les décisions collectives pâtissent souvent de l'interaction au sein d'une équipe.

La finance comportementale ne consiste cependant pas à dresser un catalogue des « biais » dont seraient victimes les investisseurs. Elle cherche à comprendre dans quelles conditions ces comportements apparaissent, quelles conséquences ils produisent et quels mécanismes peuvent les limiter ou les amplifier. L'expérience, les incitations, les conditions de marché ou encore la manière dont l'information est présentée peuvent ainsi modifier considérablement les décisions.
Agrégés sur une multitude d'investisseurs (particuliers ou professionnels), ces biais empêchent les marchés d'être pleinement efficients et génèrent des cycles psychologiques en induisant des phases de sous-réaction puis de surréaction à l'information.
Une reconnaissance académique
Cette approche plus empirique que théorique, née au début des années 1980, s'est progressivement imposée au sein du monde académique jusqu'à être consacrée par les Prix Nobel d'Économie décernés en 2013 à Robert Shiller et en 2017 à Richard Thaler.

Les nombreux succès de la finance comportementale, tant au niveau micro (les biais des individus) que macro (les anomalies de valorisation), invitent aujourd'hui académiques et professionnels à changer de paradigme pour mieux comprendre les marchés financiers.
Les applications de la finance comportementale sont en effet nombreuses. Elles concernent notamment l'épargne et la préparation de la retraite, la diversification des portefeuilles, la prise de risque, les décisions de trading, le conseil financier ou encore la conception des produits d'investissement.

Elles permettent également de réfléchir à la manière de présenter l'information financière et de construire des environnements de décision qui aident les investisseurs à faire des choix davantage conformes à leurs stratégies et objectifs de long terme.