L'économie traditionnelle repose souvent sur une représentation simple et puissante de la décision : face à plusieurs options, les individus évalueraient les coûts et les bénéfices de chacune d'elles et opteraient pour l'option qui répond le mieux à leurs préférences. Cette hypothèse a permis de construire des modèles extrêmement utiles. Mais elle ne décrit qu'imparfaitement la manière dont nous prenons réellement nos décisions.
L'économie comportementale étudie précisément cet écart entre les modèles de décision rationnelle et les comportements réellement observés. À la croisée de l'économie et de la psychologie, elle cherche à comprendre comment les individus jugent, choisissent et agissent dans des situations concrètes : épargner ou dépenser, choisir entre différents produits, souscrire ou non une assurance, investir dans des produits financiers, faire des cadeaux ou des dons, etc.

Ses travaux montrent notamment que nos décisions dépendent non seulement des caractéristiques objectives des options qui nous sont proposées, mais aussi de la manière dont nous les percevons.
Nous accordons, par exemple, une importance particulière à la possibilité de pertes, au présent ou à certaines informations saillantes. Nos choix peuvent également être influencés par le point de référence à partir duquel nous évaluons une situation, par ce que font les autres, par nos émotions ou encore par la manière dont les différentes options sont présentées.
Ces comportements ne signifient pas que les individus seraient simplement « irrationnels ». L'un des apports essentiels de l'économie comportementale consiste au contraire à construire une représentation plus riche de la rationalité humaine. Notre attention est limitée, l'information est parfois coûteuse à acquérir, l'avenir incertain et les décisions doivent souvent être prises rapidement.

L'économie comportementale est une discipline profondément empirique. Elle s'appuie sur des expériences en laboratoire et sur le terrain, mais également sur des enquêtes et des données administratives à partir desquelles sont appliquées des méthodes économétriques.
L'objectif n'est pas seulement d'identifier des régularités comportementales, mais aussi d'en mesurer l'importance, d'en comprendre les mécanismes et de déterminer dans quelles circonstances elles apparaissent — ou disparaissent.
Une reconnaissance académique
Cette approche, née à la fin des années 1970, s'est progressivement imposée au sein du monde académique jusqu'à être consacrée par le Prix Nobel d'Économie décerné en 2002 à Daniel Kahneman, puis en 2017 à Richard Thaler.

Les connaissances accumulées depuis cinquante ans dans le domaine ont des implications très concrètes. Elles permettent de mieux concevoir des politiques publiques, des produits et des services, des dispositifs d'information ou des environnements de choix.
Les travaux sur les nudges, qui modifient l'architecture des choix sans supprimer d'options, en sont l'application la plus connue. Mais de nombreux autres outils « comportementaux » existent pour améliorer les décisions.
Finance, santé, environnement, travail, consommation, éducation, fiscalité ou politiques sociales sont autant de domaines dans lesquels une meilleure compréhension des comportements peut améliorer la conception et l'évaluation des interventions.

L'ambition de l'économie comportementale est donc moins de démontrer que les individus se trompent systématiquement que de comprendre comment ils décident réellement. Pour, in fine, les aider à prendre de meilleures décisions.